
... Elle observe d'une fenêtre trop grande , du 14 ème étage , donnant sur un monde trop petit. Les individus autour discutent de la satisfaction imminente d'un client dérangé et des méthodes de remboursement acceptables lors d'une fraude fiscale.
Elle n'écoute pas , elle est perdue dans les ficelles de son absent , son déserteur.
Elle est convaincue que la froideur du bout de son nez et de l'extrémité de ses orteils est due à la fatique qui la domine. Ce matin là, après une bonne session de "snoozing" interminable , enfilant ses jeans les plus serrés en l'honneur du casual friday , elle passa la main dans ses cheveux , réalisant l'indifférence qu'elle accorde à son apparence, les jours de pluie. Il est si tôt , trop tôt. Le soleil n'a pas encore manifesté ses rayons et elle avance d'un pas lent , se faufillant entre les gratte-ciel , la tête basse , chantonnant un vieux classique,encore en retard, malgré les précautions prises pour partir quelques minutes à l'avance.
Elle commence toujours un nouveau travail dans l'idée qu'elle donnera sa démission, ou sera congédiée sous peu, son attitude engendrant des manières désinvoltes et souvent interprétées pour une grandeur d'esprit, ou des pouvoirs magiques quelconques.
Sa nonchalance, non seulement lui apportait le respect et l'admiration de ses comparses, mais aussi, lui procurait une fièrtée incongrue. Un peu comme si elle flottait autour des gens , leur procurant l'énergie nécessaire pour continuer, juste par sa simple et unique présence. Prétentieux, certes, mais oh combien gratifiant.
Elle s'en fout, elle se joue d'elle même et de ses capacités. Il ne sera que question de temps avant que son coeur interrompe sa frénésie battante contre sa maigre cage thoracique, pas vrai ? Une vie à vivre, une seulement, selon les faits.
Les matins la brûle , son corps se débat contre l'unisson cacophonique du réveil matin de son cellulaire(inutilitée flagrante) et de son vieux Sanyo, qui parfois manque à l'appel.
Elle grogne et tente de se rendormir, convaincue qu'aucun travail ne vaut la pénible tâche qu'est la sortie du lit à 6 h 30 a.m.
Un pied à l'extérieur du building qu'est celui de la CIBC Bank Of Canada ,
"Ca manque de graffitis , ici " se dit-elle , souriant à la seule pensée que le VP paie probablement les artistes du coin pour que ceux-ci gardent canette-en-poche. Faux capitalisme et insécuritée lamentable...
La porte est lourde, " FUCK " , elle tire violemment sur la porte et le contenu de son sac à bandoulière s'auto-dégobille sur le parquet mouillé du lobby prestigieux.
Papiers griffonnés , collier de perles, 2-3 Bukowski ,un tas de monnaie, 2 paquets de Belmont milds....
" Fuck " , s'échappe t'elle, pour une deuxième fois. Elle laisse tomber ses clefs , son vieux classique étant maintenant devenu une chanson aggressante dont le nom lui échappe. Elle fourre ses écouteurs dans son sac , ramasse le vomi d'items , et se relève brusquement - enragée, furieuse, contre la vie et sa propre malice... pour se retrouver face à face avec l'homme le plus grand qu'elle ai jamais vu.
Il est calme, innofensif - Il lui sourit, nerveusement.
"T'es nouvelle, au dixième ?" lui lance t'-il .
" Hmmmppphhr , ouais, à plus " murmure t'-elle , baissant la tête , comme un chiot prit à pisser sur un tapis neuf.
Elle s'engouffre dans un ascenseur bondé. Elle se demande ce qui lui arrive, elle qui rarement se gène , toujours si confiante lorsque que publiquement présentée, même dans les situations les plus embarassantes....
( pt 3 - en route )
M.

